LE RASED : INDISPENSABLE ET POURTANT MALTRAITÉ

LE RASED : INDISPENSABLE ET POURTANT MALTRAITÉ

Lettre premier degré




LE RASED :


INDISPENSABLE ET POURTANT MALTRAITÉ









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LE PREMIER DEGRÉ 36 - janvier 2021
Par Xavier Perinet-Marquet, SNALC Premier degré
premierdegre@snalc.fr





L'Inspection Générale peaufine actuellement un rapport sur les RASED qui devait être conclu en juin 2020 mais dont les délais ont été allongés en raison de la pandémie. L'occasion pour le SNALC de rappeler qu'il défend les RASED qui ont été particulièrement mis à mal par les suppressions de postes et qui sont maintenant impactés par la problématique de l'inclusion.

De nombreux RASED sont incomplets, désorganisés et ce parfois depuis plusieurs années. Durant la même période, le nombre d'élèves en difficulté n'a pas diminué, suivant en cela l'augmentation générale de la population. De plus, depuis 2014 et l'accélération de l'inclusion scolaire, des élèves avec des besoins particuliers, plus compliqués, sont scolarisés dans les écoles ce qui pose de nombreux problèmes. Les équipes sont donc prises en étau entre des RASED incomplets ou déstabilisés et des besoins de plus en plus importants.

Par ailleurs, et ce depuis de nombreuses années, dans les circonscriptions rurales, les enveloppes de frais de transports sont très insuffisantes. Ainsi, parfois dès le mois de février, les membres du RASED ne sont plus remboursés alors que les élèves en difficulté sont toujours bien présents et que les écoles ont besoin d'appui, en particulier quand il est envisagé un maintien ou une orientation. Le logiciel Chorus dont l'utilisation n'est pas simple rajoute une perte de temps et d'énergie.

Le SNALC estime que le saupoudrage n'est pas une solution et n'est pas efficace. Il apparaît évident qu'il faut concentrer les prises en charge pour une plus grande efficacité en suivant quelques principes, tout en faisant confiance aux personnels des RASED. Tout d'abord, le cycle 2 est le cycle fondamental qui, à moyens constants, devrait concentrer les interventions. En effet, quand un élève présente des difficultés scolaires ou comportementales, il est rare qu'elles apparaissent subitement en CM1 ou CM2 (même si cela est possible). Les difficultés doivent être prises en compte le plus tôt possible.

Les interventions du RASED devraient démarrer dès le plus jeune âge par des prises en charge en individuel ou en petits groupes, dans une salle à part ou dans la classe selon le profil de la classe, des élèves et des demandes de l'enseignant de la classe. Ce sont les personnels de terrain, enseignants et RASED, les plus aptes, les plus compétents, les plus à même de juger de la forme de l’intervention la plus bénéfique. Le nier revient à nier l'existence et la pertinence même des RASED.

La question des psychologues de l'Éducation nationale mérite une remarque spécifique. L'augmentation exponentielle des demandes MDPH pour des aides humaines (AESH) mais aussi l'explosion des demandes de bilans cognitifs pour les orientations, aboutissent à ce que les psychologues ne fassent plus que des bilans, dans l'urgence. Ceci alors que leur travail ne se résume pas à faire des bilans pour la MDPH. Ainsi, il leur est devenu impossible de prendre le temps de faire des observations cliniques du fonctionnement d'un élève en classe, ou de faire un accompagnement d'un élève par une prise en charge individuelle ou de petits groupes. Si l'école n'est pas un centre de soins, l'explosion des demandes amène malheureusement ces personnels à ne plus pouvoir faire autre chose que des bilans en urgence. Or leur expertise est précieuse pour renseigner les enseignants mais aussi pour travailler avec les familles. De plus, leur aide est primordiale lorsqu'il faut préparer une orientation mais aussi dans les situations de suspicion de maltraitance.

Il est légitime de demander l'accord des parents pour un suivi ou un bilan psychologique. Mais, lorsque l'accumulation des difficultés ou des observations des professionnels, enseignants successifs de l'enfant, membres du RASED, voire médecins scolaires, concluent à la nécessité d'un suivi par un professionnel de santé ou paramédical (orthophonie, orthoptie, bilans visuels ou psychiatriques, etc.), et que les familles refusent, ce qui est légalement leur droit, la responsabilité des difficultés ultérieures de l'élève ne saurait être imputée aux enseignants et au RASED. Nous sommes malheureusement tous témoins de situations nombreuses d'élèves dont on signale, parfois depuis des années aux familles, en vain, le besoin de consulter un spécialiste de santé. Certains refus de consultation ou d'orientation relèvent pour le SNALC de la maltraitance parentale. Qui plus est, quel sens peut-il y avoir dans la demande d'un suivi par le maître E en classe alors qu'un élève a une reconnaissance de handicap et une orientation Ulis que les parents refusent ?

Pour le SNALC, les RASED n’ont jamais eu à démontrer leur utilité : ces personnels motivés, qui se sont formés et spécialisés sont devenus indispensables pour un nombre croissant d'élèves et de situations. D’ailleurs, leur réquisition pour combler le manque de remplaçants en cette période de pandémie peut poser question. Il faut recentrer leurs missions sur des priorités claires et respectées de tous, et leur laisser ensuite une marge d'autonomie sur le terrain. Enfin, nous insistons et alertons encore : l'inclusion scolaire génère de plus en plus de problèmes. Or, ce n'est pas normalement le travail des RASED que de soutenir des classes face à des élèves qui relèvent en réalité d’Ulis, d’IME, d’ITEP ou d’un hôpital de jour. Que les RASED participent à des observations et des équipes éducatives ou de suivi de la scolarisation est légitime. Qu'ils soient utilisés pour compenser l'absence de places en établissements spécialisés ou de soins ou la carence de l'offre de soins n'est pas acceptable.






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