UNE PRIME, DÉPRIME

UNE PRIME, DÉPRIME

Lettre BIATSS




UNE PRIME,


DÉPRIME





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LE BIATSS 51 - Janvier 2021
Par Mathieu Chenet, Chargé des personnels administratifs, techniques, de santé et sociaux
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Le 25 mars à Mulhouse Emmanuel Macron annonçait la naissance d’« une prime exceptionnelle à l’ensemble des personnels soignants et des fonctionnaires mobilisés » lors de la première vague de l’épidémie de Covid-19, celle que l’on nommera ici prime covid. En ce qui concerne les personnels de l’Éducation Nationale, la prime sera étagée en trois niveaux, avec un montant maximum de mille euros (décret n° 2020-570 du 14 mai 2020).

La grande médiatisation dont cette prime covid avait fait l’objet a naturellement fait naître, chez les collègues qui estiment s’être particulièrement engagés – et ils sont nombreux - l’espoir de pouvoir en bénéficier. Mais, loin des annonces, la réalité fut décevante : en cause une note de la Direction des Affaires Financières (DAF) transmise aux Rectorats. Au prétexte d’« assurer une équité et une cohérence de traitement de l’ensemble des personnels » grâce à un cadrage national, c’est un peu le contraire qui s’est produit.

Les primes ont été versées aux heureux élus sur les paies de novembre dans l’académie de Strasbourg – la note de la DAF insistait pourtant pour que la campagne soit achevée fin août – et à l’heure des comptes les mécontents sont légion. Comment pourrait-il en être autrement, lorsqu’un cadrage consiste pour le Ministère à restreindre l’enveloppe budgétaire allouée ? En effet cette note identifie trois catégories de personnels susceptibles d’être éligibles à la prime, mais avec à chaque fois des restrictions qui vont exclure suffisamment de monde pour rentrer dans le cadre budgétaire fixé.

  • Les agents s’étant portés volontaires pour l’accueil des enfants des personnels dits indispensables à la gestion de la crise n’ont pu prétendre à la prime qu’à condition d’avoir été mobilisés pendant un minimum de huit demi-journées, avec des paliers à vingt puis trente-deux (seize jours) pour le taux maximum. Outre le niveau élevé de ce dernier palier, le SNALC souligne que dans les établissements où les équipes ont été solidaires, les personnels se relayant pour assurer cet accueil, le nombre de jours de présence de chacun a ainsi mécaniquement baissé, les pénalisant au final vis-à-vis de la prime covid.

  • Les agents non enseignants ayant connu un surcroît significatif de travail quantifiable et objectivable, essentiellement ici des personnels administratifs en établissement ou au Rectorat, qui d’après la DAF auraient dû bénéficier du taux de prime maximum. Le travail n’a en effet pas manqué, par exemple dans les agences comptables où sur une des périodes les plus chargées de l’année sont venus s’ajouter les remboursements divers à effectuer aux familles du fait du confinement, ou encore dans les services du Rectorat, afin d’assurer notamment le versement des salaires à l’ensemble des personnels. Seulement la constitution de la liste des éventuels candidats à la prime reposait sur les remontées des chefs de service et des chefs d’établissement (ces derniers n’ont eu que huit jours pour ce faire), obligeant chacun à établir ses propres critères. Les arbitrages ont engendré un fort sentiment d’injustice une fois la prime effectivement versée, celle-ci ayant pu être refusée comme donnée, et parfois à des taux différents, à des agents qui se trouvaient dans des situations pourtant tout à fait similaires.

  • Les agents relevant du ministère réquisitionnés pour assurer des soins aux malades du COVID-19 ou l’accueil de SDF, essentiellement les personnels soignants de l’Éducation Nationale, qui ont été nombreux à se porter volontaires pour assurer ces missions. Le SNALC mesure ici tout le cynisme de la part du Ministère qui, après avoir très tôt encouragé le volontariat, a opté pour un cadrage dont il savait qu’il allait exclure de facto les médecins et les infirmières scolaires qui s’étaient rendus sur la ligne de front. En effet non seulement ils ont été peu nombreux à être affectés directement dans les ailes covid des hôpitaux, mais surtout leur grand sens du devoir a créé un tel afflux de volontaires qu’il n’y a jamais eu besoin de recourir à une quelconque réquisition. Celle-ci aurait par ailleurs eu l’avantage de protéger les agents, tant elle s’inscrit dans un cadre juridique solide et un régime indemnitaire bien défini, là où dans notre académie nos collègues ont dû souvent exercer sans convention avec l’établissement d’accueil, sans ordre de mission ou lettre de détachement.

La création de cette prime aura donc finalement relevé plus de la campagne de communication que d'une véritable reconnaissance de l'engagement et du sens du service des fonctionnaires. Pour le grand public, il restera que tous ceux engagés ont touché la prime ; dans la réalité beaucoup en ont été exclus, répandant chez nombre d’agents, loin d’être des chasseurs de prime, un malaise et le ressentiment liés au manque de considération de la part de notre employeur.

À ce rythme malheureusement les colloques du SNALC « Quitter l’Éducation Nationale » continueront de faire le plein…

Le SNALC accompagne ses adhérents dans leur recours quant à l’obtention de cette prime, qui doit être réalisé par l’intermédiaire des supérieurs hiérarchiques, auprès des services du Rectorat ou des DSDEN. Ceux-ci se sont engagés à étudier toutes les demandes.






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